Sens, Inclusion, Design


Mémoire de recherche

Mémoire co-écrit avec Philippe Zappadu.

80 % des informations sont perçues par les yeux. Depuis la révolution industrielle au XIXe,la prédominance de la vue sur les autres sens n’a fait qu’intensifier la notion d’esthétisme visuel. Elle est devenue une préoccupation centrale, aussi bien dans les arts appliqués que dans les interactions entre les personnes et le monde : « il faut le voir pour le croire », « je vois » ou « voir de ses propres yeux », « ce qui saute aux yeux », etc. À l’inverse, l’ignorance et l’inconnu sollicitent des métaphores traduisant la disparition de la vue : l’obscurité, l’aveuglement, la nuit, le flou, le brouillard, etc. Le verbe voir est issu du latin videre, lui-même hérité de l’indo-européen veda, je sais.

Cela traduit l’autorité que peut avoir la vue sur les autres sens. Au départ de notre réflexion se trouve la question des porosités entre le design graphique et le design produit, alors que le système scolaire pose des frontières entre ces champs du design. Dans notre pratique, les usagers et leurs contraintes, l’environnement politique, économique et social du projet font émerger des problématiques qui dépassent ces frontières et que des réponses qui se confinent dans un champ unique du design ne nous paraissent pas pertinentes. Cette porosité se manifeste aussi dans ce mémoire par une écriture à quatre mains, mêlant alors deux approches et deux points de vue. Grâce à nos tests, nos échecs formateurs, nos analyses et nos rencontres, ce qui n’était au départ qu’un projet sur l’accessibilité aux œuvres d’art pour les personnes déficientes visuelles a évolué vers un projet sur l’accès à l’art pour tous.

En France, depuis la loi musées de France de 2002 et la loi handicap de 2005, les lieux culturels ont l’obligation de mettre en place des accueils spécialisés et des visites accessibles à toutes personnes présentant un handicap. Pourtant, malgré un nombre et une diversification croissants, trop peu d’initiatives sont mises en œuvre pour les personnes atteintes de cécité. L’accessibilité ne concerne pas seulement le cadre bâti, mais également les œuvres elles-mêmes. Il est donc important que la compréhension de l’œuvre d’art gagne en autonomie. Concevoir pour les personnes ayant une déficience permanente peut sembler être une contrainte importante, mais les conceptions qui en résultent peuvent réellement bénéficier à un plus grand nombre de personnes.

Ce mémoire est relié à la main.

Mémoire

Written with Philippe Zappadu.